Il y a seulement quelques années, une image profondément différente définissait la mémoire collective des supporters de football égyptiens et marocains. C’était la scène de Mohamed Salah approchant Achraf Hakimi après le coup de sifflet final du quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations Égypte-Maroc au Cameroun, offrant des consolations et partageant une étreinte sincère sous le regard des caméras. Ce moment, transcendant un simple geste personnel d’une star mondiale, a rapidement évolué en un symbole d’une relation qui semblait plus chaleureuse que jamais, unissant deux peuples liés par une longue histoire d’affinité footballistique et humaine.
Les médias des deux nations ont célébré cette scène comme une preuve de « fraternité » et de « respect », avec des commentaires de supporters sur les plateformes sociales débordant de sentiments de cette nature. Moins d’un an plus tard, une multitude d’Égyptiens se sont retrouvés à vivre une expérience inhabituelle : soutenir une autre équipe nationale arabe avec le même enthousiasme généralement réservé à leur propre équipe. Le parcours historique du Maroc lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, passant des phases de groupes à l’élimination de l’Espagne puis de le Portugal, atteignant finalement les demi-finales en tant que première équipe africaine et arabe à réaliser cette étape, s’est transformé en une célébration pan-arabe.
Des clips vidéo provenant de cafés au Caire, Alexandrie et Ismaïlia, capturant des foules célébrant les buts de Youssef En-Nesyri et de ses coéquipiers, se répandaient simultanément avec des scènes de joie à Rabat, Casablanca et Tanger. Ce phénomène a renforcé l’idée que les Lions de l’Atlas étaient, lors de ce tournoi, indiscutablement devenus « l’équipe des Arabes ».
Un contraste saisissant sur le terrain
Cependant, le 15 février 2026, la scène au Stade international du Caire semblait appartenir à une époque totalement différente. Le match entre Al Ahly et l’AS FAR (Forces Armées Royales), clôturant la phase de groupes de la Ligue des Champions de la CAF, s’est terminé sur un score nul, avec les deux équipes qualifiées pour les quarts de finale. Pourtant, la rencontre a largement dépassé son cadre technique, devenant un nouveau titre de tension. La rencontre a été marquée par des altercations sur le terrain et des images claires de joueurs de l’AS FAR étant bombardés de bouteilles d’eau en quittant le terrain à la mi-temps.
Entre le cadre de Salah et Hakimi et le « sommet des bouteilles » au Caire, un changement s’est produit dans l’état d’esprit général régissant la relation entre les supporters des deux nations. Cette transformation mérite une lecture calme, dépourvue d’émotions excessives ou de ferveur nationaliste excessive, en se concentrant plutôt sur la séquence d’événements qui a marqué ce changement notable dans la dynamique.